Touchants morceaux d’humanité

Je viens de passer 2 heures à l’hôpital, dans une salle d’attente d’examens pour la mémoire.

Une expérience très intéressante et qui m’a permis d’observer combien la relation enfant / parent pouvait à la fois évoluer et rester dans un cadre très codifié.

Bien entendu, ce n’est pas sur les 4 exemples que j’ai croisé que je me permettrais de tirer des généralités, mais à chaque fois j’ai perçu de la détresse, de la maladresse et de l’amour.

Existe-t-il d’autres espèces que l’humaine qui cultivent ainsi le lien entre parents et enfants tout au long de l’existence ?

Par ailleurs, lorsque je vois des parents renier leurs enfants ou des enfants qui ne souhaitent plus entendre parler de leurs parents, je me demande si ce lien n’est pas plus d’ordre culturel que biologique. En tout cas, c’est un lien qui se cultive et s’entretient.

Là, entre ces parents qui viennent consulter un neurologue car ils perdent des morceaux de leur vie et ces enfants qui ne cachent plus leur impatience face à ce parent qui s’oublie c’est une nouvelle aventure qui commence.

Dans la salle d’attente une dame de 86 ans me dit : « Je me demande ce que je suis venu faire sur Terre ». Une autre femme confie : « Elle me pousse à bout ! » en parlant de sa mère assise à côté d’elle.

Touchants morceaux d’humanité…

 

 

 

Une vie à 360° ?

La frontière entre vie pro / vie perso / vie asso me semble de plus en plus compliquée à marquer et pas seulement pour quelques hurluberlus de mon espèce. Mon dernier séjour sur Paris a été l’occasion de me confronter à plusieurs situations qui ne font que renforcer cette intuition.

Il y a quelques jours, j’ai passé 48h sur Paris pour accompagner mon fils qui débutait un stage chez Manzalab Group. J’avais prévu de prendre ces 48h sur mes congés donc, 0 rencontre pro planifiée. Mais la vie est souvent taquine…

La veille de partir, je reçois un mot de Flora Clodic, une copine FB que je n’ai jamais rencontrée « en vrai de vrai » et qui a un projet de livre. Ok… ça frise la sphère pro, mais ce n’est pas un livre pour les enfants, il me suffira d’en rester aux « conseils entre amis ».

Le lundi, nous nous rendons avec le grand fiston de 15 ans sur les lieux du stage. Je l’avoue, ce stage, il l’a eu via mon carnet d’adresse : j’ai connu Antoine, le fondateur de l’agence Longue Vue (désormais filiale de Manzalab Group), il y a plus de 20 ans. A l’époque, nous avions pour client commun une filiale de Philips dédiée au Compact Disc Interactif (la préhistoire de la vidéo interactive). Ceci étant, cela fait environ 18 ans que je n’avais pas revu Antoine et s’il a accepté de prendre Noé en stage, c’est bien en souvenir du lien humain que nous avons tissé et non dans le cadre de nos échanges professionnels. Nous avons d’ailleurs eu plaisir à déjeuner ensemble et à parler autant boulot que vie privée. Alors… déjeuner pro ou privé ?

Après ce déjeuner, je retrouvais Sébastien Ravut. Avec Sébastien, cela fait plus d’une dizaine d’années que nous nous croisons : à l’époque, il venait de créer LMC (Le Marché Citoyen devenu depuis Près de chez nous) et, de mon côté, je faisais partie de l’équipe des joyeux rédacteurs d’Ecoloinfo réunis par Anne-Sophie Novel (vive la vie associative / militante !).
Nous commençons tranquillement à prendre un café à la terrasse ensoleillée du Fumoir, parlons de la vie, de nos enfants… et aussi de nos projets professionnels. Il se trouve que Sébastien accompagne un de ses clients sur la nouvelle version de son site e-commerce afin de l’interfacer avec leur système de stock et de gestion : exactement l’un des chantiers sur lequel nous sommes avec Dominique pour le site de Pourpenser (dois-je également ajouter que je suis fan des créations de ce client et que je pense qu’il y aurait certainement plus d’un piste de coopération à creuser ? 🙂 ) !

Après un grosse heure d’échange, Sébastien a besoin de se poser pour travailler un peu. De mon côté, bien que je sois « en vacances », j’ai tout de même pris mon ordinateur 🙂 : nous voici donc à l’intérieur du café, bien au chaud sur une table accueillante. Vers 17h, mon fiston qui vient de terminer sa première journée de stage nous rejoint. Sébastien étant sage, il continue de travailler pendant que je prends un goûter (je suis resté très attaché à ce repas nuisible pour la ligne, mais tellement agréable pour adoucir les rapports humains).
Finalement, avant de nous quitter, Sébastien échange quelques mots avec le fiston : l’occasion pour le stagiaire de faire un premier compte rendu (sommes-nous ici dans le pro ou le perso ?).

Le lendemain, j’avais donc ce rendez-vous prévu 48h plus tôt avec Flora : « vers 10h du côté des Halles ». Finalement, Flora me propose de la retrouver dans les locaux d’Officience. Je prends avec plaisir ! Officience, je ne connais que de nom et pour être en contact via FB avec un des co-fondateurs Duc Ha Duong.

Arrivé sur place, je découvre un espace de co-working d’un type inhabituel et qui me parle à 100 % : Officience met ses locaux à disposition à toute personne qui porte un projet en résonance avec ses valeurs. En plein questionnement sur la création de tiers-lieux en Pays d’Ancenis, cela ne peut qu’enrichir l’actuelle réflexion (pro ou asso ?).
Belle surprise : Duc arrive juste après moi dans les locaux ! Nous convenons donc de prendre un petit moment pour discuter après le RDV avec Flora.

Avec Flora, nous nous suivons sur les réseaux depuis le projet de PlaceToB lancé par Anne-Sophie Novel lors de la COP21. J’avais alors eu la chance de participer à une émission radio animée par Stéphane Paoli en compagnie de Caroline Sost et des enfants de Living School.
Depuis l’aventure PlaceToB, Flora s’intéresse de près à ces adultes que l’on qualifie de haut-potentiel, zèbre, cygne ou surdoué et surtout à leur relation au bonheur. Elle me fait part de son parcours, de l’avancement de son projet, de ses souhaits et ses besoins.

A titre personnel, aussi dorée ou avenante qu’elle soit, toute idée de case me dérange, mais il me semble comprendre que le projet de Flora aborde ce point avec justesse. Je lui fais part de mes quelques remarques, idées, et l’invite à prendre contact avec une personne à laquelle je pense pour la partie édition. Encore une fois : comment qualifier ce moment passé ? Sommes-nous dans le pro, le bénévolat, l’amical ?
Ah… toujours cette question de cases !

A cette table où nous étions assis, Duc succède à Flora.
Je suis limite en mode groupie : le gars est un ancien ingénieur de chez Orange qui a quitté le gros navire pour monter sa SSII au Vietnam. En 2009, alors que la boîte commence à ralentir sa croissance (avec 150 salariés), il décide de repenser totalement le modèle de management. J’interroge Duc sur un groupe FB que j’ai rejoint un peu par hasard il y a quelques mois : les 100 barbares. Il m’en explique la genèse et le fonctionnement. Je comprends qu’à travers FB je n’ai aperçu que la partie visible de l’iceberg de cette communauté.

Les propos de Duc mettent de la grammaire sur une partie de mon quotidien et me donnent envie de consacrer plus de temps à expliquer comment nous travaillons chez Pourpenser, comment les frontières entre pro, asso et perso sont fines et perméables.

L’expérience de Duc me permet de visualiser un champ des possibles : oui, il est possible d’étendre ce modèle à des entreprises de taille plus importante.

Duc a un déjeuner à suivre avec un entrepreneur qui développe un modèle de kiosque à eau (j’avais compris kiosque chaos) permettant de créer de petites unités de traitement d’eau potable dans des pays émergents. Temps pour moi de reprendre la route et d’aller faire un petit coucou à mes amis de Kaizen Magazine.

Sur le chemin qui me mène de la rue du Caire à la rue Martel, je croise une sandwicherie kurde : galette réalisée devant nous, légumes frais, fromage frais. Un régal ! (voici l’adresse si ça vous fait envie !).

Kaizen a ses locaux dans un espace de co-working. Celui-ci est beaucoup plus grand que les espaces proposés par Officience et l’esprit n’est pas du tout le même : preuve qu’un même mot, pourtant supposé couvrir le même concept, ne suffit pas pour décrire la diversité de ces lieux.

Toute l’équipe est en réunion et je m’en voudrais de les déranger. Du coup, je me pose un peu sur un bureau libre, relève mon courrier, rédige quelques réponses, puis, comme leur réunion est toujours en cours, je laisse un petit mot et quelques douceurs à partager (quand on est gourmand…). Lors de ce moment dans les locaux de Kaizen : étais-je là en tant qu’abonné ? En tant qu’ami d’une partie de l’équipe ? En tant qu’éditeur de livres proposés sur leur librairie en ligne ? Ou bien, était-ce simplement Albert qui se promenait dans Paris ?

J’écris ce billet dans le train du retour et cette question reste entière : est-il utile, nécessaire de découper nos vies en tranches perso / pro / asso / loisir ? D’où vient ce besoin ? Je me demande également comment je pourrais tenir une sorte de comptabilité analytique de cela ? J’ai toujours du mal à passer en frais professionnels des choses qui pourtant, sont liés à mon métier. Peur du contrôle fiscal ? Peur de l’abus de bien social ? Oui, il y a certainement une part de cela. Une peur de ne pas réussir à faire comprendre à un agent de l’administration fiscale que ma vie est un tout. Peur que cette façon de voir la vie soit mal comprise par notre société actuelle.

Et pourtant… Bien que je ne crois pas que cette façon de traverser la vie convienne à tout le monde, je suis convaincu que bien des personnes seraient plus heureuses, plus équilibrées, plus en harmonie avec elles-mêmes si elles s’autorisaient à décloisonner leur vie et à passer de façon fluide d’une pièce à l’autre de leur existence.

En tout cas, c’est le cas pour moi depuis maintenant plus de quinze ans avec l’aventure de Pourpenser !

Il n’y aura pas de commémoration pour ce 13 janvier 1996…

1024px-Chemin_jardin_botanique_ThaborSamedi 13 janvier 1996 – Rennes – Parc du Thabor

Deux jeunes personnes de 24 et 27 ans marchent sur le chemin, se posent sur un banc.

Nous ne savions pas ce jour-là en nous disant « oui, faisons un bout de chemin ensemble » ce qui nous attendait.

Une seule chose nous rapprochait : des amis communs, souvenirs de nos années chez les Guides et les Scouts de France. Au delà de ça…

L’une préparait ses concours de la fonction publique, l’autre était gérant d’une petite sarl au bord du dépôt de bilan.

L’une s’imaginait un jour rejoindre Strasbourg ou Bruxelles pour œuvrer au projet d’une Europe unie. L’autre n’avait guère de conscience politique et trouvait le libéralisme plutôt cool.

L’une s’imaginait passer sa vie avec un homme sportif et bien bâti, l’autre s’imaginait une vie sans enfants et sans trop d’attaches.

Partant de là,  « ce bout de chemin » aurait tout à fait pu se terminer au bout de quelques semaines, de quelques mois. Personne n’y aurait rien trouvé à redire.

Comment imaginer alors que 20 ans plus tard, nous serions toujours là, plus amoureux qu’à ce premier jour, à prendre soin l’un de l’autre tout en cultivant soigneusement nos propres projets ?

Ne pas faire de plan,
la vie est riche de surprises

Thabor, installation de l'eau, Rennes. Installation de l'eau au Jardin des plantes (pose des canalisations en fonte, la construction des acqueducs en maçonnerie, de la cascade et de la rivière anglaise). 	 	 1884 	 127,2x84 	 BLIN

Commencer par se dire « oui, faisons un bout de chemin ensemble », sans y mettre plus de projet que cela, nous a sans doute permis d’accueillir la vie telle qu’elle s’est présentée à nous.

Et puis, petit à petit, nous avons établi nos « règles du jeu », comprendre ce qui était important, non-négociable ou au contraire tout à fait secondaire.

Une chose est certaine : nous ne sommes plus ces jeunes gens qui se promenaient en cette fin de matinée du 13 janvier au parc du Thabor. Nous sommes le fruit de cette rencontre et de nos échanges.

Un jour peut-être écrirons-nous ces 4, 6 ou 10 points qui nous semblent clés pour une vie à deux amoureuse et durable.

En attendant, nous souhaitons à tous les jeunes couples qui se forment ici et là autant de bonheur que nous en avons eu jusqu’ici.

Nous n’avons pas vu passer ces 20 ans et sommes heureux de nous dire que les plus belles années sont encore à venir !