Ralentissons !!

Photo : Chris Peeters – CC0

Entre le rapport de l’OMM (organisation météorologique mondiale) publié ce mercredi par l’ONU et qui dresse un état des lieux alarmant et le rapport Planète Vivante du WWF publié ce jeudi (les populations d »animaux sauvages ont chuté en moyenne de 68 % entre 1970 et 2016), il me semble que l’urgence est plus que jamais à ralentir.

Par ailleurs, ralentir est également une option tout à fait intéressante pour limiter la vitesse de propagation d’un virus qui ne se propage que parce que nous bougeons.

La question qui vient ensuite est « Ralentir, soit, mais quelles en seront les conséquences ? » et bien justement, parlons-on, débattons, voyons les problèmes que cela peut générer et imaginons des solutions nécessaires.

A notre petite échelle, entre Angers et Nantes, 3 jours de festival sont organisés pas le Théâtre de l’Evre les 18/19/20 septembre autour de ce thème du ralentissement. Ce festival s’inscrit dans un ensemble plus large de rendez-vous un peu partout en France, Suisse et Belgique dans le cadre de La fête des possibles (tous les rendez-vous sont à découvrir sur le site).

Festival Ralentissons – Le Marillais (49) – 18/19 et 20 septembre 2020

J’espère vivement que les visiteurs ne seront pas seulement dans le mode « Oh ! oui, ralentissons, d’ailleurs, moi-même j’ai déjà beaucoup freiné » mais également dans le mode « Ralentir ? mais et notre économie alors ? si nous ralentissons les achats, que faire de la production en cours ? que ferons les personnes qui perdront leur emploi ? avec quel argent paierons-nous nos prêts, notre loyer ?« 

Car oui, le débat est nécessaire, les enjeux complexes et les solutions multiples.

Liens vers les rapports cités :
https://public.wmo.int/en/media/press-release/united-science-report-climate-change-has-not-stopped-covid19
https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/rapport-planete-vivante-2020

Ce monde d’après… qui existe déjà ?

 

Depuis quelques semaines il n’y a pas une journée sans l’évocation de la naissance d’un monde d’après.

Nombreuses sont les versions, du plus sombre au plus lumineux, mais beaucoup évoquent un monde plus en lien avec le vivant, où les inégalités diminueraient. Un monde où la compréhension de l’autre permettrait d’apaiser les conflits. Un monde où l’être passerait avant l’avoir et le paraître. Un monde où l’équilibre serait plus recherché que le profit…

A sillonner la France et à me documenter depuis une vingtaine d’années, je sais que ce monde là, se construit déjà depuis longtemps : il demande juste à être mis en avant, à être proposé en modèle désirable plutôt que caricaturé ou réservé à des personnes qui ont le temps de sortir du schéma transport-boulot-dodo.

Qu’avec la crise actuelle de nouvelles personnes découvrent qu’une autre façon de penser le monde est nécessaire, je le conçois.
Par contre, pourquoi chercher de nouvelles solutions alors que de nombreuses initiatives qui existent depuis plusieurs décennies ?

Réinventer est souvent joyeux, mais n’est-il pas plus efficace de s’appuyer sur l’existant, de bénéficier de son expérience et contribuer à son amélioration si cela s’avère nécessaire ?

Je ne suis pas historien mais je sais que l’aspiration d’une organisation de la société de façon plus juste n’est pas nouvelle.

Sans remonter les siècles, il me semble que nous avons en France des associations, des entreprises, des collectifs qui œuvrent depuis 15, 20 ou même plus de 50 ans pour des rapports humains apaisés, d’autres manières d’enseigner, une agriculture respectueuse des sols, une économie solidaire qu’elle soit locale ou au delà, une alimentation saine, élément essentiel de notre santé.

Aujourd’hui il existe bien quelques magazines (je pense notamment à Kaizen, L’âge de faire, ou Féminin Bio) mais encore une fois, l’audience reste mineure et nous sommes loin de toucher 25% de la population.

Par ailleurs, la nouveauté faisant vendre, lorsque des projets sont présentés dans les médias généralistes, ce sont souvent de nouvelles ou récentes initiatives qui sont mises en avant pendant que des acteurs présents sur le terrain depuis de longues années restent invisibles.

La seule exception me semble être Carnet de campagne sur France-Inter. Un grand bravo et merci à Philippe Bertrand pour sa ténacité.

Je parlais par exemple dernièrement avec Anne-Laure Nicolas : l’écolieu du Bois du Barde a plus d’une dizaine d’années. Ce projet est riche d’expériences à partager. Je pense également à nos maraichers, Irène et David, (en bio depuis 1996 et non travail du sol depuis 2012). Qui connait ces projets en dehors du bouche à oreille ?

Je suis certain que chacun·e de nous connaît ainsi 1 ou 2 projets exceptionnels dont aucun média ne parle et qui nous montre que ce monde d’après existe déjà.

Je prends ici un engagement : si d’ici à septembre ce billet totalise plus de 100 liens vers des initiatives porteuses de solutions de plus de 10 ans d’âge et qui n’ont pas eu un article dans un média national depuis au moins 5 ans, je mettrais alors toute mon énergie pour réaliser un annuaire de ces initiatives et les faire connaître.

Faisant cela, j’ai bien conscience que je n’invente rien : le collectif pour une transition citoyenne s’active depuis des années pour mettre en lumière ces multiples initiatives. La fête des possibles est de mon point de vue un projet totalement sous médiatisé et qui devrait mériter toute notre attention.

 

Passer de Covid à co-vie, de la vie confinée à la vie qu’on fait naître.

Beaucoup d’échanges avec mes ami·e·s et au delà sur les fondements de cette crise sanitaire et ses répercutions.
En cette période de confinement les débats sont nombreux ici et là. Seront-ils féconds ?
De nombreuses certitudes sont ébranlées, et l’humain est généralement mal à l’aise avec l’inconnu.
Simplifier pour éviter l’angoisse existentielle, opter pour de nouvelles croyances, de nouveau mythes, se rattacher à l’image du chef…
Même si je suis de nature plutôt optimiste, que j’aime l’humain pour sa créativité et sa capacité d’adaptation, j’ai bien peur que nous ne soyons pas sortis de l’auberge avant un petit moment.
Penser que cette crise est l’échec « du modèle actuel » c’est une facilité qui risque tout simplement de ne pas bien définir ce que l’on nomme « le modèle actuel ». Devant un tel chaos, il me semble évident que chacun essaie d’y voir ce qui lui parle et comment faire de tout ceci un ensemble d’opportunités.
Je pense qu’il nous faut donc prendre le temps de bien ressentir ce que nous vivons aujourd’hui et de là, imaginer, visualiser puis tracer ce que l’on souhaite pour demain. Je n’ai aucun doute que beaucoup ont déjà « des plans pour l’après » (et le fait d’injecter des milliards dans le système a bien pour but de faire que ça « puisse continuer »).
Le plus compliqué à mes yeux est d’être honnête avec les dépendances que nous avons. De choisir les inter-dépendances que nous souhaitons et d’en mesurer les enjeux.
Cette période a un côté vertigineux : ce que nous vivons là n’a jamais été vécu à cette échelle. Les prévisions, les modélisations auxquelles nous pourrions nous rattacher sont très instables. Je n’aimerais pas être à un poste de décision actuellement.
Intuitivement, j’ai plutôt tendance à penser que nous avons intérêt à penser à l’échelle locale et imaginer les interconnexions possibles. Il me semble plus que jamais intéressant de regarder les modèles permaculturels, de penser symbiose, synergies et coopération, mais je ne doute pas que certains préfèrent imaginer des solutions autour d’une vision, d’un chef.

Je suis curieux de voir ce que nous ferons des mois et années à venir.

Alors, tu la sens ma grosse fin d’année ?

Crédit photo : Imagine Ent/Kobal/REX/Shutterstock

Nous arrivons dans la période de l’année qui provoque en moi le plus de dissonances.
Les jours sont de plus en plus courts, je ressens le besoin de ralentir.
A côté de ça, nous approchons de la folie de la fin de l’année avec son cortège d’injonctions commerciales, de festivités planifiées et une effervescence qui transpire du moindre email reçu.

Sur le plan personnel, cela fait déjà pas mal de temps que je me détache de tout cela, mais sur les plans familiaux, sociaux et professionnels, cela reste difficile.

Professionnellement, la fin d’année est un moment important pour notre maison d’édition : les mois de novembre et décembre sont des mois doubles, voire triples et contribuent à l’équilibre annuel de l’entreprise.
Compliqué d’échapper à cela, de ne pas céder à la tentation : de proposer des offres « spéciales fin d’année », d’intensifier la communication et surfer sur la fièvre ambiante. D’autant que nous avons un beau projet et des livres riches de sens non ?

Familialement, même si les enfants grandissent, chacun prépare plus ou moins sa petite liste, émet ses vœux, commence à penser aux fêtes à venir et les choses s’organisent pour ces quelques jours de retrouvailles et d’agapes.

Autour de nous, c’est toute la société qui semble au diapason. Oh… il y a bien quelques petites voix qui retentissent ici et là, mais combien sommes-nous à oser le dire pour combien qui se taisent ?

Oui, je pourrais me mettre en retrait, déployer la carapace, hiberner et ne revenir qu’à la mi-janvier lorsque, repus de frangipane, nous reprendrons collectivement une vie à peu près normale. Mais j’aime trop la compagnie de mes frères et sœurs humaines pour disparaître ainsi presque 2 mois.

J’aime les fêtes, j’aime partager… mais j’ai du mal avec le côté « c’est maintenant, et pour tout le monde« .

Quelles alternatives joyeuses et constructives pourrais-je déployer pour me sentir en phase avec mes aspirations, tout en ne me coupant pas du monde autour de moi ?

Si toi aussi, tu ressens cela et cherches de nouvelles pistes, alors n’hésite pas à me partager tes idées. Je fais le pari que je ne suis pas un extraterrestre et que les questionnements que je peux avoir sont plus largement partagés que je le crois.

 

Le jour où j’ai pris la parole lors d’une marche pour le climat…

Ce 8 décembre je me suis retrouvé embarqué dans une belle aventure.

Je n’avais pas vraiment prévu prendre la parole publiquement lorsque sur la place des Halles d’Ancenis plus de 200 personnes posaient pour la photo.

Et puis me rappelant les paroles de Cyril Dion le matin même sur France-Inter, je me suis lancé, avec le cœur.

Je serai bien incapable de faire le verbatim, mais voici en substance ce que j’ai souhaité partager :

Je suis actuellement pris entre deux émotions. La peine et la joie.

La peine car ces derniers jours nous montrent que certaines personnes ne pensent plus avoir d’autre choix que le recours à la violence pour se faire entendre.
Qu’est donc devenue notre société si le dialogue – le véritable dialogue – pas le « je vous entends mais ça ne changera rien », n’existe plus ?
La peine car nous continuons à polluer tant et plus, à détruire notre environnement.

La joie car lorsque nous avons lancé cette idée de rassemblement sur Ancenis nous ne nous attendions pas à avoir autant de monde ce matin.
La joie car, ici sur Ancenis et dans plusieurs dizaine de villes en France des gilets jaunes se joignent à la marche pour le climat.
La joie car nous avons conscience qu’injustices sociales et injustices environnementales peuvent se résoudre ensemble.

Tout cela, demande de revoir en profondeur le système de société dans lequel nous sommes englués.

Le système de société dans lequel nous vivons arrive à bout de course : la croissance infinie est une illusion qui ne prend plus. Pire : ce système crée des inégalités et détruit la planète.

Nous avons besoin de temps, d’échange.
Nous avons besoin d’apprendre à mieux nous connaître, à imaginer ensemble notre futur.

Nous avons la chance d’être sur un territoire suffisamment riche et divers pour nous permettre d’expérimenter et d’encourager les innovations sociales et écologiques.

Au niveau local j’aimerai que nous disposions d’un grand lieu où en permanence pourrait se retrouver citoyennes et citoyens pour échanger et expérimenter.

De nombreuses initiatives existent déjà : prenons le temps de les étudier.

C’est ensemble et unis que nous aurons une chance de changer la direction prise depuis trop longtemps.

 

Plus d’infos sur la Marche Climat à Ancenis ce 8 décembre :
le billet sur le site de Campanulel’article de Ouest-France

Prime à la conversion ou soutien au secteur automobile ?

Cette aide remporte un vif succès, nettement plus que les prévisions attendues. Mais quelles seront les répercutions à terme ?

Naïf que j’étais, je me disais que derrière le mot conversion il fallait comprendre : « conversion vers une société plus sobre en énergie et plus respectueuse de l’environnement« .

Et bien non, derrière le mot conversion il faut comprendre : « conversion de votre véhicule thermique vers un autre véhicule thermique, électrique ou hybride« .

Aucune incitation à limiter le nombre de véhicules en circulation, passer de la voiture au vélo ou à tout autre mode de déplacement doux.

Bref, l’objet est clairement une subvention au secteur automobile et non une décision politique forte pour aider notre société à réduire son empreinte environnementale.

Prenons l’exemple d’un foyer non-imposable disposant d’un véhicule diesel de 2006.

Avec un crédit pour acheter une petite voiture essence ou électrique (compter entre 7000 € et 15000 €) il peut alors mettre le diesel à la casse et demander une aide de 2000 € (car oui, il doit d’abord dépenser l’argent qu’il n’a pas pour ensuite demander une aide).

Aujourd’hui, nombreux sont les véhicules qui ne servent pas tous les jours (des plate-formes de mutualisation existent pour aider en ce sens). Par ailleurs, il reste toujours possible de louer occasionnellement auprès d’un professionnel ou de s’équiper de bons vélos.

Ces options (et bien d’autres) globalement intéressantes pour la société ne sont absolument pas prise en compte dans l’aide à la conversion.

Donc, je répète ma question : prime à la conversion ou aide au secteur automobile ?

 

 

 

 

Avant nous avions la danse de la pluie…

Avant nous avions la danse de la pluie, aujourd’hui nous avons les marches pour le climat.

Lors de ces danses, c’est avec espoir que nous nous adressions aux esprits du vent et de la nature.

Lors de nos marches, c’est avec détermination que nous nous adressons aux élus et aux dirigeants des multinationales.

Très sincèrement, je ne sais pas ce qui est le plus efficace.

Par contre, rien ne m’empêchera de mettre mon cœur dans ce que j’estime beau et juste.

En attendant, je ré-écoute Nino Ferrer

Point de vue d’un historien des sciences et des techniques

« …il n’y jamais vraiment eu de « transition énergétique » mais surtout des « additions énergétiques ». On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole à autre chose : on n’a fait qu’additionner ces sources d’énergies les unes aux autres. Le pic du charbon n’a pas eu lieu au XIXe, ni même au XXe, espérons qu’il aura lieu bientôt au XXIe siècle… Quand on parle un peu trop légèrement de « transition énergétique », il faut bien voir qu’il s’agit d’une transformation sans précédent. »

Source : BALLAST | Jean-Baptiste Fressoz : « Désintellectualiser la critique est fondamental pour avancer »

Voir Venise et construire

Toutes les personnes auxquelles j’en parlaient étaient unanimes : Venise est magique, si l’on dépasse les lieux hyper-touristiques et les boutiques qui vont avec, cette ville dégage une ambiance toute particulière à laquelle il est difficile de rester insensible.

Par contre, personne ne m’avait dit à quel point Venise pouvait être un modèle d’inspiration pour l’avenir de nos communes.

S’inspirer de Venise pour repenser la ville du XXIe siècle

Avec ces 8 km² (50 % des communes françaises font entre 5 et 15 km²) et ces 55.000 habitants, le cœur de Venise propose un modèle d’organisation assez unique.

Les rues sont totalement piétonnes et les transports motorisés sur les canaux essentiellement consacrés aux transports en communs, transports de marchandises et véhicules professionnels.

Les magasins sont livrés à quai ou par chariot. Les déchets sont collectés chez l’habitant ou déposés sur un quai chaque matin.

Les ponts avec des marches (plus de 400 ponts) rendent le vélo impraticable et très compliqué le déplacement des personnes à mobilité réduite (nous n’avons croisé qu’un seul fauteuil roulant sur les 4 jours).

Ce point noir mis à part, je trouve l’organisation de la ville autour de la contrainte liée aux canaux très pertinente. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’architecte et urbaniste danois Jan Gehl fait de Venise sa ville idéale.

L’échelle « à pied » donne une place centrale à l’humain et à notre rythme.

À Venise, il n’y a pas seulement des canaux, mais aussi des places… et des jardins urbains !